mardi 12 septembre 2017

Jessica Preis et ses crazy vulva !

C’est rue Sainte Madeleine que j’ai rencontré Jessica Preis pour la première fois, il y a un peu plus d’un an. Elle participait à une expo, La Beauté des travers, en compagnie de Solène Dumas, Justyna Jedrzejewska et Léontine Soulier. 

Ses œuvres m’ont tout de suite charmée autant qu’interrogée. Des bustes féminins brodés de fleurs ou d’encres, des utérus présentés comme des strings rose pâle et rouges accrochés sur des cintres indiquant S, M ou L, des photographies d’un broyeur dans lequel sont pris au piège ces mêmes utérus. Elle porte un regard intéressant sur les femmes, leur corps et plus largement sur de nombreux tabous qui régissent la société.

Jessica Preis est une artiste féministe, sensible à l’écologie, une passionnée d’art qui sait se faire aussi poétique que déroutante. Une très belle personne qui fait preuve d’une intelligence fine et d’une ouverture d’esprit admirable dans chacune de ses réflexions.

Rencontre avec Jessica Preis, artiste plasticienne et scénographe.


Série Mes Hystériques, 2014, tissu, fil, coton
Crédit photo Blandine Rolland (installation sur un chariot de ménage)

J’aime promouvoir l’art qui me plaît



Comme à mon habitude, je commence l’interview en demandant à l’artiste de revenir sur son parcours. Elle m’explique :

« Après le bac, j’avais décidé de faire mes études dans la pub mais ça ne m’a pas plu. C’était un univers trop capitaliste et pas assez artistique. Ça ne me correspondait pas du tout, j’étais très déçue et j’ai vite arrêté. » 
« Alors j’ai décidé d’aller à la Fac des Arts à Strasbourg parce que je me suis dit que l'art devait entièrement faire parti de ma vie. J’ai toujours aimé l’art, il tient une place considérable dans mon existence. J’ai fait une Licence puis un Master recherche. Parallèlement à la fac, je faisais du bénévolat d’accrochage ponctuel dans des galeries. » 
« Mes études finies, je me suis mise à exposer moi-même. J’ai exposé à La Station, dans un local de la rue Sainte-Madeleine, à la Spacejunk de Lyon, à la Maison Bleue, à la MISHA … J’ai aussi organisé des expos. J’investis beaucoup le shop de Seb pour des expos ; je m’occupe de tout, l’organisation, l’info, la communication, … »
Série Bustes, 2015-2016, tissu, fil, colle d'amidon, échelle 1 Crédit photo Karina Perepadya1


Seb, le chéri de Jessica, est tatoueur à Two Aces Tattoo Club situé au Neudorf. Elle y a déjà dévoilé les œuvres de plusieurs artistes comme le photographe Kick My Oldie, Paule Brun ou encore Rac'Hell Calaveras. Elle m’explique :

« Seb et son collègue avaient déjà lancé le principe des expos et ils m’ont donné la suite, ce qui leur permet de mieux se concentrer sur le tattoo. Ce ne sont pas de grosses expos, c’est sûr, j’ai un budget modeste, mais cela me plaît énormément ! » 
« Parallèlement, je travaille dans une galerie d’art située Rue de la Course à Strasbourg. »

Jess trouve en la présentation d’autres artistes une source d’épanouissement :

« J’ai vraiment pris goût à ça. J’aime donner aux autres. J’ai réalisé d’ailleurs que je préfère mettre en avant d’autres artistes plutôt que moi-même. Et puis je trouve important de promouvoir des personnes talentueuses ; il y en a trop qui ne se montrent pas assez, c’est vraiment dommage. » 
« Et puis joindre l’organisation d’exposition avec ma propre création d’art est quelque chose que j’adore, même si ce n’est pas toujours facile de pouvoir faire les deux ! »

J’ai trouvé dans le tissu le médium qui me permettait de m’exprimer



Venons-en justement à sa propre pratique artistique. Jessica pratique l’art textile, un domaine qui m’est peu familier. Je lui demande d’où lui vient cette passion pour le tissu :

« Quand j’ai commencé à la Fac des Arts, j’avais une pratique artistique multiple. Je répondais aux projets qu’on me donnait. J’ai commencé à me trouver lors de ma dernière année de Licence ; on avait un thème libre mais il ne fallait utiliser qu’un seul medium et j’ai choisi le tissu. Ça a été une révélation ! J’ai trouvé dans le tissu ce qui me permettait de m’exprimer davantage, de façon plus juste. Je travaille à la main car, quand j’utilise une machine, je me sens plus réduite dans ma création. »
« De coudre, en revanche, m’apporte une très grande liberté ! J’aime modifier la structure du tissu, par exemple avec de la colle d’amidon, la déconstruire, dessiner dessus avec de la broderie, jouer avec les volumes, … Il y a vraiment plein de possibilités. Et puis je reçois aussi des conseils de Seb pour les ombrages, etc. »

CRAZY VULVA PROJECT Burlesque Vulva, 2017, soutien-gorge, tissu, fil, perle, plume.


Je la félicite d’ailleurs sur le très beau couple qu’ils forment. Deux artistes ensemble, c’est quand même super sympa !
« Il est vrai que c’est quelque chose que j’ai toujours recherché, d’être en couple avec un artiste. On se comprend, on respecte la passion de l’autre, son implication. On ne va pas se reprocher entre nous le temps qu’on passe pour notre passion mais, au contraire, on s’encourage. »


Questionner les tabous, les normes



A travers le tissu, Jess a trouvé l’art qui lui correspondait, un moyen de s’épanouir dans sa création et de s’exprimer avec justesse et plaisir sur son sujet de prédilection :
« J’aime questionner le corps des femmes, les tabous, les normes de beauté occidentales. »
Elle m’explique qu’elle se considère comme étant féministe sans pour autant souhaiter se rattacher à un courant spécifique :

« Il y a tellement de formes de féminisme ! Je ne connaissais pas trop historiquement ce mouvement avant de m’y pencher de manière assez poussée pour mon Master… Je ne me rattache pas à un courant féministe précis, je préfère piocher dans chaque. On peut vivre le féminisme au quotidien sans être accolé à un mouvement. »
Jessica Preis, Efflorescence, broderie sur toile, 2016,
 PROJET VENUS de la galerie SPACEJUNK, Lyon
crédit photo Xavier Topalian

Son féminisme se retrouve en tous cas pleinement dans ses œuvres qui interrogent les spectateurs et les poussent à réfléchir :

« Les gens ne comprennent pas toujours mes créations mais je leur explique ; ils me posent des questions, ils s’intéressent. Les femmes semblent plus sensibles à mon travail. Peut-être qu’il leur parle plus. »
« Ma série sur les vulves a un peu dérangé. On est plus habitués à dire « bite » toutes les deux minutes que « vulve ». Les gens sont un peu gênés parce qu’ils ne sont pas habitués. Et je dois dire que j’aime bien perturber ! J’aime l’idée que mon travail puisse amener les gens à se poser des questions, à réfléchir. Si je peux les tracasser ne serait-ce que quelques minutes, je suis contente. L’art peut aussi servir à ça. »
CRAZY VULVA PROJECT Golden vulva, 2017, soutien-gorge, tissu, fil, perles


Jessica réalise en effet des vulves délicates et pleines de couleurs à partir de soutiens-gorge qu’elle transforme entièrement. Pour sa série sur les bustes féminins, elle avait effectué des moulages de poitrines d’amies à elle qui s’étaient portées volontaires. Elle tenait absolument à ce que ses œuvres soient réalisées à partir de vrais corps, tous différents, ce qu’on peut relier à sa façon de penser très body positive.

Elle précise :

« Je vois mon travail artistique aujourd’hui plus comme un cheminement, une gestation qui vient de plein de choses. Tu pars quelque part, tu reviens, mais le sujet ne te quitte jamais. Il y a tellement de choses à dire sur les femmes et leur place dans la société ! Tellement de choses à changer ! »

Homme, femme, vision binaire


Ce sujet m’intéressant très particulièrement, je lui pose de nombreuses questions auxquelles elle répond avec une grande gentillesse et beaucoup de pertinence :

« Dès qu’il y a une avancée, il y a une régression en même temps. C’est ce qui s’est passé lors du mariage pour tous : on propose une loi positive et, immédiatement, des gens ont manifesté contre… Et je ne te parle même pas de ce qui se passe aux États-Unis et dans tant d’autres pays ! »

« En France, je trouve qu’on stagne. On est ancrés dans une routine au niveau des mentalités, on colle beaucoup au rôle que la société nous attribue. »

« Je me demande d’ailleurs comment la société peut évoluer quand on voit la place que les femmes tiennent dans de trop nombreux clips musicaux, pour ne citer qu’eux. Je n’ai pas la télé chez moi, je ne la vois que quand je vais au sport… et je me dis que je suis bien contente de ne pas l’avoir à la maison ! »

« Dans leur vision, si tu es une femme tu es vue comme un vagin, tu es obligée d’être disponible. Les femmes subissent de nombreuses pressions sociales. »
CRAZY VULVA PROJECT Pearly whites vulva, 2017, soutien-gorge, tissu, fil, perles, dentelles


Le harcèlement de rue est évidemment un très gros problème :

« Trop d’hommes ne le comprennent pas. Ça les touche quand ça arrive à un de leur proche mais sinon ils agissent comme n’importe quel connard qui veut contrôler les femmes. C’est désolant ! » 
« J’aimerais bien pouvoir un jour sortir de chez moi sans avoir à me demander ce qui va m’arriver, qui va encore m’aborder. Juste sortir tranquillement, marcher normalement dans l’espace public. » 
« Les hommes sont à l’extérieur, les femmes à l’intérieur, c’est un cliché qu’on apprend dès qu’on est petit dans les contes, les dessins animés. » 
« Mais il ne faut pas oublier qu’il y a aussi beaucoup de normes qui pèsent sur les hommes. Au final, c’est cette vision binaire qui nous mine tous. » 
« Pour moi, il y a une véritable différence entre le machisme et la virilité. Je trouve qu’un homme qui assume sa féminité est très viril car il est en accord avec lui-même, il dépasse les pressions sociales pour vivre comme il l’entend. »

S’aimer comme on est



Jessica mène donc une réflexion intéressante sur le genre et la sexualité, sujet qu’elle aimerait pouvoir un jour aborder dans son art d’une manière encore plus intime :

« Tu sais, j’ai plein de projets personnels. J’ai notamment un projet en tête sur les pratiques sexuelles et ses tabous, ce qu’on devrait faire ou ne pas faire quand on est un homme ou quand on est une femme. Il demande de la maturation, je ne pourrais pas le faire tout de suite, mais j’y pense régulièrement. C’est lié aux normes du corps et ce qu’on fait avec. C’est quand même incroyable de réaliser qu’il y a des règles qui existent même dans la sexualité. Alors que ce qui est important c’est juste d’être consentant, d’être bien, d’être épanoui ! Il est évident que le sexe demande d’assumer pleinement certaines choses. Certains n’y arrivent pas toujours. »

« Je réalise souvent que quand les gens ne sont pas bien avec leurs corps, ils en veulent aux autres. Ils aimeraient être aussi libérés que les autres mais ils ne le sont pas alors ils vivent dans une constante frustration. Et ils t’en veulent à toi, parce que toi tu as osé sortir du moule et pas eux. Tu vois, je suis sûre que le pire homophobe est en fait un gay refoulé. »

Sans titre, 2016, tissu, fils à coudre

Au final, Jessica tient un discours très positif. Si elle critique le carcan dans lequel le monde actuel nous enferme, elle n’en invite pas moins les gens à s’en libérer pour s’épanouir enfin en toute sérénité :
« Les autres peuvent nous faire très mal, par leurs regards, leurs mots, leurs jugements. On éprouve de la douleur à cause d’eux, à cause de la société, on angoisse à cause de ce qu’on est censé être ou ne pas être, on se demande si on agit bien comme on est supposé le faire … »
« Mais ce qu’il ne faut pas oublier c’est qu’au final on est tous complexés par quelque chose, mais on est comme on est, et peu importe ce que la société tente de nous imposer, on n’en reste pas moins nous-mêmes. On n’a qu’une vie après tout, alors autant s’aimer tel qu’on est tout simplement ! »
CRAZY VULVA PROJECT Vulve à la perle, 2017
soutien-gorge, tissu, fil, perle, fleur artificielle, boules de Geisha.


Pour suivre l'actualité de Jessica : 







dimanche 10 septembre 2017

Mathias : théâtre, yoga, polyamour et BDSM


Mathias est le genre de personnes qu’on aime rencontrer et avec qui on pourrait échanger pendant des heures, parler de tout avec liberté et envie. Un intellectuel, un artiste, un passionné d’art et de théâtre, d’escrime et d’équitation, de yoga et de méditation, de BDSM et de polyamour. Le temps de deux rencontres, deux soirées fascinantes, il a accepté de se dévoiler, répondant à mes questions bien trop nombreuses et trop indiscrètes avec naturel et gentillesse.
Je le remercie encore chaleureusement pour cela. Et je t’encourage vivement à découvrir le résultat de ces très belles conversations.


Polyamour et libertinage.


La première fois que j’ai rencontré Mathias, c’était à un munch, c’est-à-dire une soirée de rencontre et d’échange autour de la thématique du BDSM. Il s’est présenté comme libertin et polyamoureux. Ce sont des choses bien différentes, ainsi qu’il l’explique :

« Il faut déjà savoir que le polyamour n’implique pas forcément le sexe, contrairement au libertinage. Cela concerne en fait les relations qu’on noue émotionnellement avec les autres. Ça couvre tout le spectre de l’amitié à l’amour. Beaucoup de relations amicales qui sont assez profondes et intenses peuvent être considérées comme du polyamour sans que les personnes concernées ne le réalisent ! Certaines amitiés sont plus fortes que des couples. Je crois qu’au final on est tous un peu poly. »

Être polyamoureux c’est en effet reconnaître qu’on peut aimer simultanément plusieurs personnes. C’est un mode de vie qui reste, je pense, trop peu connu du grand public, entouré de tabous et de préjugés. Le libertinage, en revanche, m’apparaît comme bien plus ordinaire, et voici ce qu’en dit Mathias :

« Je le vois plus comme une recherche de fun à travers la sexualité, une volonté de rompre avec les codes moraux habituels, de briser enfin ce tabou qu’est le sexe. C’est simplement avoir des relations sexuelles avec différentes personnes dans la joie et la recherche de positif. »
« On croit que c’est une grande transgression de coucher avec plein de personnes alors qu’au final, c’est très facile de partager avec son corps sans aucun sentiment. Le polyamour est bien plus difficile dans la mesure où il entraîne toujours des émotions, des sentiments, de l’amour. »
« En ce qui me concerne, j’aime bien mélanger le sexe et l’émotion, je trouve que le sexe n’est que plus fort et que plus génial quand en plus il y a des sentiments. »

Si Mathias s’est rapidement et très naturellement tourné vers le polyamour, il avoue que ce type de relations n’est guère aisé à gérer. Si tu as en ce moment-même dans la tête l’image d’un homme aux anges, dominant son harem, c’est que tu n’as rien compris au polyamour qui implique un immense respect de l’autre, une magnifique sincérité et une réelle égalité. 

« Il faut vraiment distinguer les fantasmes qu’on peut avoir de la réalité. Le polyamour nécessite d’être droit dans ses bottes. Et on n’est pas là pour écraser les gens et faire ce qu’on veut ! »

Je lui demande alors s’il lui est déjà arrivé de mettre en place des règles avec ses copines, comme cela peut être le cas :

« Je n’ai personnellement jamais instauré de règles ou de codes. Ensuite, évidemment, il y a des limites : le respect de l’autre et de soi, la nécessité de prendre l’autre en compte dans sa totalité, sa personnalité, ses émotions. Il est important de toujours parler, échanger. C’est ainsi aussi qu’on va trouver ses limites au final, ce que l’autre n’est pas capable d’accepter, ou ce que nous-même ne voulons pas vivre. En tous les cas la communication est essentielle dans les relations polyamoureuses, elles ne peuvent fonctionner sans. »

Une autre question me vient alors à l’esprit : est-ce qu’ils se parlent entre eux de ce qu’ils vivent avec les autres personnes ?

« Au début, on peut essayer de se protéger en ne s’en parlant pas mais je ne suis pas pour cette politique de l’autruche qui entraîne au final des frustrations et des doutes qui peuvent vite être malsains. De pouvoir en parler, échanger librement, c’est là que c’est magique ! C’est un tel plaisir de pouvoir vivre ça, d’être heureux pour ton compagnon et qu’il soit heureux pour toi. C'est ce qu'on appelle la compersion. Et c’est une complicité unique, incroyablement renforcée ! Même si parfois c'est impossible de le faire selon nos limites où celles de notre partenaire. Il faut toujours faire au cas par cas et ne pas jouer à l'héroïsme émotionnel.»


Transgression.



Ce qui m’a beaucoup plu chez Mathias, c’est sa grande ouverture d’esprit, la facilité avec laquelle il rompt avec les codes qui empoisonnent tant de personnes dans mon entourage. C’est en revenant sur sa jeunesse qu’il me permet de mieux le comprendre :

« J'ai reçu une éducation ouverte de parents soucieux de me donner la possibilité de vivre une vie la plus libre possible. » 
« Quand j’étais enfant il y avait une communauté de lesbiennes anglaises qui était installée. C’était un groupe de rock en fait. Et mes parents sont devenus amis avec elles. Elles nous invitaient souvent. Là-bas, je voyais des trucs un peu bizarres, des crânes, des sculptures de vulve, des objets en cuir, … En grandissant, je me suis mis à les fréquenter plus régulièrement. J’étais vraiment intéressé par leur communauté qui était très axée autour du paganisme et du féminisme. Elles étaient très lady positive. C’est un état d’esprit qui m’a beaucoup séduit. »  
« Et puis dans ma famille on pouvait librement avoir des discussions autour de l’amour et de la sexualité. J’ai très tôt eu accès à des livres qui parlent d’amour, de relations homosexuelles et hétérosexuelles. Je pense que j’ai toujours été habitué à voir le sexe et la liberté sexuelle et amoureuse de manière naturelle. J’ai intégré tout ça comme allant de soi. Et puis j’ai appris à construire mon propre univers, mon imaginaire. »

Evidemment, Mathias n’a pas eu à briser ces codes que j’ai personnellement dû affronter. Je lui fais part de mon histoire, de ma vision des choses, de la difficulté qu’ont les gens d’après moi à dépasser l’idée de la fidélité. Ou alors, si c’est le cas, c’est trop souvent de manière cachée, en trompant, sans vraiment l’assumer. Sans oublier le grand manque de respect que les hommes témoignent trop souvent aux femmes qui sont ouvertes sexuellement. Il m’apporte son point de vue :

« J’ai déjà été en couple avec des femmes polyamoureuses mais il y en a aussi d’autres à qui je l’ai fait découvrir. Ce n’est pas toujours évident pour elles car, comme tu le dis très bien, cela nécessite de briser des codes et surtout de se reconstruire. »
« Pour moi, en fait, les codes qui sont le plus ardus à casser sont ceux que nous avons connus à travers Walt Disney. »
« On grandit en regardant des dessins animés qui nous font croire qu’il n’y a qu’un type de relation qui existe et qui est bien, ce modèle de relation exclusif et total où les gens se fondent l’un dans l’autre. Ce fameux couple du prince et de la princesse. A mon sens, il est très difficile de sortir de cette vision-là. D’autant qu’on la retrouve dans de trop nombreux films : on a toujours le même schéma, la même problématique, le couple monogame, la fidélité contraignante, la jalousie maladive et destructrice … On nous apprend qu’il faut presque constamment se sentir menacé dans son couple alors qu’au final, il n’y a pas vraiment de raison de l’être ! 
« Tous ces dessins animés, ces films, ces nombreux mediums enferment les gens dans un carcan. S’ils aiment cette façon de vivre, je le respecte pleinement évidemment. Mais ce n’est pas fait pour moi. »

« Je pense en tous cas qu’il est important de mener une réelle réflexion sur l’appartenance, la possession, la peur. Il faut prendre du recul. Dire à un être-vivant : tu es à moi, tu m’appartiens, c’est quand même très fort. Trop de personnes le font quotidiennement sans même jamais avoir pris le temps de réfléchir à tout ce que cela impliquait. Et elles souffrent également d’un gros stress lié à la jalousie et à la peur de perdre l’autre. » 
« Je trouve qu’on donne trop souvent une vision du couple qui me semble assez malsaine. Je parle de cette fameuse idée selon laquelle on aurait besoin de l’autre pour remplir un vide imaginaire qu’on a en soi, comme si on ne pouvait être heureux simplement soi-même, et s’aimer soi-même. Cette idée de devoir dépendre de quelqu’un d’autre n’est en tous cas pas quelque chose que je vais rechercher. Non, je préfère quand les personnes sont indépendantes, c’est bien plus sain, cela permet d’éviter des relations qui risquent de se révéler pathologiques. »

Je lui demande s’il pourrait retourner à une relation monogame :

« Quand tu commences le polyamour, à moins que ce ne soit pas fait pour toi, je ne pense pas que tu puisses t’arrêter et repasser à une relation monogame. Tu découvres une telle liberté dans le polyamour alors comment pourrait-on accepter de perdre ou ne serait-ce que de restreindre cette liberté ? » 
« Il y a de tellement belles femmes, intelligentes, avec qui je passe de si bons moments, aussi bien sexuels, sensuels qu’intellectuels. Ce sont des instants géniaux, faits d’amour et de respect. Je n’ai pas envie d’y renoncer, clairement pas ! »


Sadisme.


Je glisse alors la conversation vers un autre sujet qui m’intrigue beaucoup, le BDSM. Je lui demande comment il a découvert ce type très riche et varié de pratiques sexuelles :

« Un jour, j’ai mis une fessée, juste comme ça, dans le feu de l’action. Je pense que c’est déjà arrivé à tout le monde ! Et puis j’ai utilisé une cravache, puis des cordes pour l’entrave et ainsi de suite. C’est une passion en fait, tout simplement. C’est comme quand tu achètes ta première moto et puis progressivement tu vas trouver de nouvelles pièces, puis t’en prendre une plus puissante et ainsi de suite. Tu te laisses entraîner dans le délire en fait. » 
« Et puis j’ai assisté à mon premier munch ici, à Strasbourg, il y a un peu plus d’un an. J’en avais entendu parler sur Fetlife. J’ai décidé de m’y rendre afin de rencontrer des personnes qui partagent ma passion pour le BDSM. »

Qu’est-ce qu’il aime tant dans le BDSM ?

« Le BDSM, c’est tellement bon ! C’est une tel échange d’énergie, de partage ! C’est quelque chose dont on ne peut plus se passer une fois qu’on y a goûté. »

Evidemment, je lui demande de préciser. Pour avoir un peu fréquenté ce milieu, j’ai remarqué que chacun a son petit truc à lui. Il y a déjà la distinction entre dominant et soumis, bien sûr, mais il y a ceux qui aiment l’entrave, d’autres vont préférer les impacts (fouets, fessées, cravaches), d’autres les morsures et ainsi de suite … Mathias est quant à lui assez ouvert :

« J’ai un rôle de sadique. Je vais t’infliger quelque chose pour faire monter l’endorphine, pour te faire entrer dans une phase de transe et pour que moi aussi j’entre en transe. Par le plaisir que tu reçois, par ton langage corporel, je ressens aussi du plaisir. C’est un art de jouir comme ça. »
« Je vois le BDSM un peu comme une improvisation musicale. On prend son instrument et on va s’en servir pour être le plus juste, on va intervenir au bon moment et avec la parfaite intensité. »
« Mais sinon je dois dire que je n’ai pas de pratique de prédilection. Avec telle personne je vais plus jouer avec les cordes, avec telle autre ce sera le fouet ou le plug. De toute façon, le BDSM, c’est toujours différent selon les personnes, leur façon de réagir … Si une personne aime que tu joues avec ses tétons, forcément, tu vas préparer les pinces. Personnellement, j’aime beaucoup la fessée mais aussi attacher les femmes, alterner la fessée et le jeu avec des doigts, le tout de façon crescendo, en alternant plaisir et douleur. »

Je lui parle un peu des relations domination-soumis. Si certains ne vivent ce type de relation qu’un temps, par exemple lors des pratiques sexuelles, d’autres sont capables d’aller bien plus loin et de le vivre en non stop, vraiment 24h/24. C’est quelque chose que j’ai du mal à comprendre, et ce n’est pas faute d’avoir essayé ! J’espère en apprendre un peu plus à ce sujet auprès de Mathias mais lui-même n’aime dominer que pendant un temps donné :

« Je n’ai pas envie de vivre une relation DS 24h sur 24, je comprends que certaines personnes se retrouvent là-dedans, cependant ça ne me correspondrait pas. Comme je te l’ai déjà dit, je préfère les personnes indépendantes. Et il y a ce fameux risque de l’emprise, de relations qui deviennent anormales, dangereuses. Il ne faut pas tomber dans la codépendance. Non, vraiment, le DS, pour moi, ça peut être fun pour un week-end, mais pas plus ! Je le vois plus la domination et la soumission comme un espace dans lequel on va rentrer sur un déclic, ça peut être un mot, un regard, une intensité, avant d’en ressortir ensuite, sans jamais y rester trop longtemps. »

Pour clore sur ce sujet, je lui demande de me parler des soirées BDSM et libertines :

« Les soirées BDSM, oui, j’en ai déjà fait et c’est vraiment très sympa ! Mais je dois dire que ce que je préfère c’est quand je suis seul avec une personne, quand on est tous les deux dans notre bulle. J’ai besoin d’intimité. » 
« Le BDSM c’est un petit milieu dans lequel je me suis tout de suite bien intégré. Le milieu libertin, c’est différent. C’est très pyramidal. Il y avait quand même pas mal de beaufs, il faut l’avouer, et je me sentais noyé dans la masse, cette ambiance ne me plaisait pas. Mais bien sûr j’ai aussi connu des soirées libertines fort sympathiques, il ne faut pas généraliser ! » 
« Ça peut faire très cliché, mais dans le milieu BDSM le niveau intellectuel est généralement plus élevé. Tu as pu t’en rendre compte toi-même en le fréquentant : il y a des thésards, des ingénieurs, des artistes … Et ça créé un effet de milieu. Il y a des comportements qui sont attendus entre personnes qui se comprennent, on a des codes de comportements qui sont forcément un peu exigeants. Mais le milieu BDSM reste ouvert bien sûr et très positif. »

L’intensité.


Mathias est également un grand passionné d’art doté d’un esprit très créatif. Entré au conservatoire, il y a appris la guitare, le chant, la danse, le théâtre … Il a d’ailleurs joué dans plusieurs pièces de théâtre, en plus d’avoir déjà interprété des rôles à l’opéra de sa ville natale. Il m’explique :

« A travers mon éducation, j’ai appris à prendre en considération toutes les formes d’expression, je suis très sensible au dessin, à la peinture, à la musique, au cinéma indépendant … Et à l’écriture bien évidemment. » 
« En fait, l’art a toujours été très présent dans ma vie. Et je pense qu’il y a très certainement un lien entre l’art, le BDSM et le polyamour. » 
« Quand tu danses, tu chantes ou quand tu joues, tout ton corps est en action, tu es complètement immergé dans le moment présent, plus rien d’autre n’existe, tu t’oublies pour devenir un canal à travers lequel quelque chose s’exprime. C’est pareil pour le BDSM. Tu vis la même intensité. Il n’y a plus que la douleur et le plaisir, le jeu, l’échange qui existent. »

Mathias accepte pour mon plus grand plaisir de me parler de ses projets artistiques actuels :

« Je suis en train d’écrire un spectacle dans lequel un personnage raconte des contes épiques. En fait l’idée est simple : les spectateurs s’arrêtent un soir dans une taverne et là il y a un aventurier qui a vécu des choses extraordinaires qui décide de raconter son histoire, il emmène les gens dans ses souvenirs. En fait, le spectateur aura aussi un rôle clé, il y aura un côté interactif lié à des objets symboliques qui serviront de clés … Mais je t’en dis déjà trop ! » 
« A côté de cela je fais également partie d’un duo de blues. On n’a pas encore commencé à tourner, on a encore deux-trois choses à mettre en place, mais les premiers concerts ne sauront tarder. Mais je dois dire que je rêve aussi de pouvoir monter un groupe de stoner, je suis en discussion avec différents musiciens actuellement. »

S’immerger. 


Bon, je le reconnais, cet article commence à être long. Mais avant de terminer, je voulais encore évoquer un peu avec toi, cher lecteur, la passion qu’à Mathias pour la méditation, un domaine qui, pour ma part, m’est complètement inconnu ! Il faut dire qu’elle tient une place très importante dans sa vie puisqu’il la considère même comme essentielle pour lui.

« La méditation m’aide à être bien avec moi-même, à gérer mes émotions. Elle aide aussi dans l’art car elle offre la capacité de se concentrer, de se connecter à quelque chose de profond. C’est toujours la même chose en fait, dans l’art, le BDSM et la méditation : il s’agit de s’immerger pleinement dans le moment présent. » 
« D’ailleurs la méditation comme le BDSM peuvent entraîner tous deux des grands moments de bonheur et d’évacuation du stress. »

Comment a-t-il découvert la méditation ? Eh bien ! Via le tantrisme !

« Quand j’étais jeune, j’ai lu un livre à propos du tantrisme, c’est Tantra de Daniel Odier. Il raconte la découverte du tantrisme par un occidental. Il ne parle pas du tout de cul mais vraiment d’un voyage intérieur, d’une découverte de son soi profond. Je l’ai lu en une nuit. Je m’en rappelle encore très bien. J’étais assis en tailleur sur mon lit, et c’est là aussi que j’ai fait ma première méditation. »

Aujourd’hui, la méditation fait même partie de son travail :

« J’ai ma propre entreprise qui propose des formations pour gérer son stress, apprendre à prendre la parole en public et favoriser le team building. J’aide les gens à partir en découverte d’eux-mêmes en utilisant le théâtre. Je les aide à découvrir et à réveiller leur corps endormis, à révéler la puissance de leur voix. Et bien sûr j’inclus des moments de médiation, de relaxation ainsi que des exercices physiques. »

Pour terminer cet article que j’ai vraiment adoré écrire, et j’espère que tu as aimé le lire, je laisse évidemment la parole au très impressionnant Mathias :

« Je pense qu’il faudrait que les gens comprennent qu’on a en nous tout ce qu’il faut pour être heureux. On n’a vraiment pas besoin de grand-chose en fait. Et surtout, il faut qu’ils comprennent que le bonheur n’est pas quelque chose d’extérieur à nous, non, il est à l’intérieur de nous. Quand tu ressens ça, la société de consommation n’existe plus. On n’a pas besoin de rechercher la gloire ou la reconnaissance des autres, tu n’as pas besoin d’une femme pour te donner l’amour que tu n’as pas pour toi-même. »





mercredi 26 juillet 2017

Roseline Bûcher

Nuevo Mundo. Je ne compte plus le nombre de fois où je suis passée devant. Le plus souvent en tram, direction Gare Centrale. Et pour cause, Nuevo Mundo est un salon de tatouage situé juste devant l'arrêt Porte de l'Hôpital. Je voyais toujours le nom du shop éclairé en grand, avec cet immense dessin de pin-up qui m'aguichait. 

Eh bien ! L'autre jour, j'ai enfin eu l'occasion de m'y rendre ! J'avais rendez-vous avec la jeune apprentie de Dago, Roseline Bûcher. 

J'avais découvert certaines de ses œuvres sur Instagram. Cartes de tarot, bestiaire médiéval, petits insectes, chauves-souris, crânes ... Pas besoin de t'en dire plus, tu t'en doutes, j'ai eu un gros coup de cœur. 

Viens avec moi, on va faire connaissance avec la sémillante Roseline Bûcher !





Du rêve au tatouage


Roseline Bûcher est une jeune artiste qui vient de Metz, ville où elle a fait les Beaux-Arts pendant cinq ans. Bon je dois dire qu'avant ça elle avait fait un bac S mais, en parfaite littéraire que je suis, j'ai promis de ne pas lui en tenir rigueur. Les Beaux Arts, en tous cas, ont été une belle expérience pour elle :
"J'ai pu expérimenter différentes formes artistiques. Photographie, gravure, installation ... Et de ce point de vue-là c'était vraiment enrichissant."
Une chose l'a tout de même déçue dans cet univers : la rupture entre le client et l'artiste, le manque de contacts.
"Le public ne connaît pas les artistes, il ne les rencontre pas. Il n'y a aucun échange. C'est quelque chose qui m'a manqué je pense. Ce dont j'avais envie, c'est que deux personnes,  le client et l'artiste, puissent créer quelque chose ensemble, faire naître une image qui leur parle à tous les deux."
A la fin de ses études, Roseline a donc décidé de changer un peu de domaine pour réaliser un service civique dans l'animation culturelle :
"J'ai travaillé dans une roulotte qui voyageait en zone rurale. On faisait des animations autour du rêve. Les personnes qui venaient à notre rencontre nous confiaient leurs secrets, leurs souhaits, les images de leurs songes ..."
Question échange, rencontre, Roseline était aux anges. Mais une chose venait encore la tarauder :
"Après les Beaux Arts, je me questionnais beaucoup. Je savais que j'adorais énormément le social, et j'étais très satisfaite de cette expérience dans l'animation, mais je ressentais le désir ou même plutôt le besoin de dessiner. Ça me manquait terriblement. Et c'est là qu'est revenue mon envie de tatouer."

"Dago m'apprend beaucoup de choses, c'est un vrai guide !"


La belle demoiselle s'est donc mise en quête d'un tatoueur qui accepterait de la prendre comme apprentie et Dago lui a ouvert ses portes. C'était il y a un peu plus d'un an.
"J'ai vraiment eu de la chance ! Je suis venue lui demander au moment où, justement, il cherchait un apprenti."
"J'admire beaucoup les tatoueurs qui se lancent seuls, sans avoir fait d'apprentissage au préalable. Mais je n'aurais pas pu personnellement, je ne crois pas que j'en aurais eu le courage."
"Dago m'apprend beaucoup de choses, c'est un vrai guide ! Il me permet de progresser non seulement pour l'aspect dessin et tatouage, mais aussi pour le côté social, le contact avec les clients, etc."
Roseline m'explique d'ailleurs que de maîtriser l'art du tatouage n'est pas aussi aisé qu'on pourrait le croise :

"J'ai été assez surprise par la difficulté de la technique, alors qu'aux Beaux Arts j'avais l'impression que tout était si facile à maîtriser, chaque nouvelle matière ou façon de faire. En plus, pour le tattoo, il y a la question de la peau, ce support qui évolue, cette notion de temps qui est forcément à prendre en compte. Il faut par exemple veiller à ne pas faire de lignes trop fines car elles vont mal évoluer. Il y a tant de choses à prendre en compte !"
Elle revient sur ses premières expériences : 
"Au début je tatouais des amis ou des personnes volontaires. J'avais beaucoup de pression ! Chaque tattoo était une remise en question. Surtout quand tu es perfectionniste ! Un dessin, tu peux le retravailler autant que tu veux. Un tatouage, ce n'est pas pareil !" 
"Heureusement, mes "cobayes" ont été très sympas, ils étaient tous satisfaits de leurs tatouages. Ensemble, on a vécu une belle expérience et je tiens à les remercier pour cela d'ailleurs ! Si ça ne s'était pas aussi bien passé avec les premières personnes que j'ai tatouées j'aurais eu bien plus de mal à trouver confiance en moi et à progresser."
En un peu plus d'un an, Roseline a beaucoup évolué. Il faut dire qu'elle travaille énormément, au salon où elle est du mardi au samedi, comme chez elle. Elle accompagne également régulièrement Dago à des conventions et a participé à celle de la Digital Game Manga Show.

"De baigner dans l'univers du tatouage te permet d'apprendre beaucoup plus vite, aussi bien par ton propre travail que par les échanges que tu peux faire avec les autres tatoueurs."
"Aujourd'hui c'est évidemment beaucoup plus facile pour moi de tatouer, et moins stressant !  J'ai compris comment le tatouage fonctionne. C'est une sorte de feeling en fait qu'il faut ressentir. Tu sais que si tu piques de telle façon, il se passera cela, et ainsi de suite."
Roseline n'a pas encore eu l'occasion de faire des guests mais c'est quelque chose qu'elle envisage avec une réelle envie :
"J'aime beaucoup voyager et j'adore rencontrer de nouvelles personnes ! Et puis je réalise qu'avec les tatoueurs on forme une sorte de communauté, ça fait toujours plaisir de rencontrer des personnes qui partagent ta passion."


Concrétiser un imaginaire. 


Ce que la jeune tatoueuse apprécie tout particulièrement dans son art, c'est de pouvoir partir d'une idée d'un client, une émotion, un moment de vie, pour le retranscrire sous forme de dessin à encrer :
"C'est un défi technique ! Pouvoir réaliser le tatouage qu'ils imaginent. C'est quelque chose de passionnant. Ça me rappelle pas mal ce que j'ai vécu dans la roulotte, quand les personnes venaient se confier, nous parlaient de leurs rêves, de leurs projets. C'est quelque chose que je retrouve dans le tattoo. Il faut partir de leurs pensées et réussir à les concrétiser."
"Le tatouage entraîne une relation particulière avec le client. Il te donne sa confiance et ce n'est pas quelque chose d'anodin. Il faut s'en montrer digne." 
Parfois, le client vient avec une idée assez floue, un simple mot, et Roseline doit travailler autour :
"Une fois, une personne voulait que je lui fasse un tatouage autour de la bienveillance. Je lui ai proposé une carte de tarot et cette idée lui a beaucoup plu. Ça m'a motivée aussi et j'ai dessiné plusieurs cartes. D'une commande est née une planche de flashs !" 
Roseline aime l'échange avec le client. Elle prend toujours le temps de parler avec lui pour monter le projet qui lui plaît. Si, pendant qu'elle tatoue, elle se concentre pleinement sur son travail et ne peut pas beaucoup discuter, les moments qui sont avant et ceux qui viennent après, notamment quand le client revient lui montrer son tatouage cicatrisé, lui tiennent énormément à cœur.


Une passion pour le médiéval.


Roseline m'explique :
"La grande majorité des personnes qui me contactent le font via ma page Facebook. Ils ont donc déjà vu mon travail et souhaitent avoir des tatouages qui sont proches de mon style."
Je lui demande justement de m'en dire plus à ce sujet :
"J'adore l'art du Moyen-Âge ! C'est quelque chose qui me plaît énormément. Ma mère travaille dans les musées de Strasbourg alors j'ai toujours baigné dans les livres d'art, les gravures, les images anciennes. J'adore aussi ces vieilles boîtes d'allumettes qu'on peut retrouver chez ses grands-parents qui ont des dessins incroyables représentés dessus !"
Elle se lève soudainement pour se diriger vers une étagère remplie de livres. Elle m'en montre quelques exemplaires, les yeux scintillants de bonheur : un bestiaire médiéval, un livre sur Durer, un autre sur Bosh, un autre qui regroupe de vieilles planches d'anatomie.
Elle ajoute :
"Je cherche également beaucoup l'inspiration sur Internet. On trouve des sites fantastiques où des personnes postent des scans de très vieilles images qu'ils trouvent dans les archives. C'est un peu un travail d'équipe en fait ! dit-elle en souriant. On trouve vraiment plein de dessins superbes. J'adore notamment ceux que les moines s'amusaient à ajouter dans les marges, ils sont très rigolos, avec des animaux bizarres, des personnages qui font des trucs étranges ... Un minuscule dessin peut être une source d'inspiration énorme !"
Ce qui séduit particulièrement cette passionnée d'art ?
 "Les images anciennes qui ont une histoire derrière. C'est le cas par exemple pour les cartes de tarot. Elles sont très étudiées. Non seulement elles ont un ordre précis, elles sont remplies de symboles, mais en plus elles ont beaucoup évolué."
"J'aime aussi beaucoup le Draconcopedes, c'est la femme-serpent qui aurait donné la pomme à Eve. Mais on retrouve ce même personnage à travers la fée Mélusine. Ce sont des histoires qui se recoupent et se mélangent sans arrêt."
"C'est pareil avec les gens au final. On prend une histoire, on lui ajoute quelque chose, et on en fait une nouvelle histoire. On a tous participé à ce genre d'écriture et de réécriture, d'imaginaire retravaillé, entremêlé de rêve et d'inconscient. D'une certaine façon, le tatoueur aussi participe à ces histoires quand le client lui en confie une." 




Une apprentie qui progresse énormément.


Roseline est une personne cultivée, passionnée et passionnante, débordante d'envie. Mais elle est aussi très sage, réfléchie, et elle avance à son rythme. Ainsi, actuellement, elle ne fait encore que du noir et gris. Elle précise :
"La couleur m'attire beaucoup et j'espère en faire avant la fin de l'année, on verra. Je fais entièrement confiance à Dago pour cela, il me guide dans mon évolution. Quand il sentira que je suis prête, je pourrais tout doucement me lancer."
"Il en va de même pour le réalisme en noir et gris par exemple, je n'en ai pas encore fait. Pour le moment, je me concentre sur les traits, les points, ... Ça prend du temps d'apprendre, la peau, c'est tellement différent du papier !"
Je lui demande alors si elle refuse de faire des motifs qui ne correspondent pas à sa spécialité :
"Quand je reçois ce genre de demande, comme pour le lettrage, j'accepte tout de même de le faire même si je précise au client que ce n'est pas ma spécialité contrairement à d'autres tatoueurs. C'est une question d'honnêteté."
"Mais sinon non, je n'ai encore eu à refuser aucun tatouage. Si une personne veut que je lui tatoue les mains ou le cou, je l'accepte également, sauf si c'est son premier tatouage. Je ne veux pas faire de tatouages trop visibles sur une personne qui n'en a jamais eu car le regard des autres sur elle peut changer sans qu'elle le sache encore. Mais sinon, je pense que chacun est libre de faire ce qu'il veut et qu'il faut le respecter."
Tu l'auras compris, Roseline Bûcher a trouvé dans le tatouage une réelle passion qui lui permet d'allier avec bonheur son envie de rencontrer et d'échanger et son amour profond pour les images et le dessin. Je lui demande si, à côté du tattoo, elle a encore le temps pour s'adonner aux autres arts qui lui plaisent tant :
"J'aimerais bien continuer à faire autre chose mais le tatouage est si chronophage ! Il faut s'y consacrer pleinement. De temps en temps j'arrive encore à faire un peu de graphisme mais c'est uniquement pour des amis ou des associations comme Animalsace."
Et c'est ainsi que s'achève cette interview. Roseline repart mettre le nez dans ses livres et ses croquis, Dago est dans la salle d'à côté en train de tatouer un portrait impressionnant sur un dos, et je me promène dans les rues ensoleillées de la ville. Strasbourg, un repaire d'artistes plus merveilleux les uns que les autres !

Pour aller plus loin :

Roseline est sur Instagram

Mais aussi sur Facebook

Et la page Facebook de Dago de Nuevo Mundo

mercredi 19 juillet 2017

Accalmia

Accalmia est une jeune photographe que je suis avec beaucoup de plaisir sur différents réseaux sociaux. Son travail sur les couleurs, les lumières, les cadrages, révèle une touche unique, une façon poétique, douce, un peu mélancolique, de percevoir le monde. Mais ce qui me charme tout particulièrement dans ses œuvres empreintes de sensualité, ce sont les émotions sincères et profondes qu'elles font éclore en moi.

C'est un grand honneur d'avoir pu rencontrer cette artiste et d'avoir pu l'interviewer.

Rencontre avec Accalmia.



Photo : Accalmia. Modèle : Lelaya Photographies.


J'ai d'abord découvert Accalmia en tant que modèle avant de pouvoir apprécier son talent de photographe puis, plus récemment, de vidéaste.
Elle m'explique son parcours :
"Je viens du Nord. J'ai fait une licence de cinéma là-bas et j'y ai rencontré mon copain qui est alsacien. On était tous les deux déterminés à être dans l'image. On en appréciait notamment son côté technique.
Mais la licence passée à Lille n'était pas suffisante, on voulait entrer dans une école plus centrée sur la technique cependant elles coûtent souvent très chères. On a dû mettre nos études entre parenthèses pour pouvoir économiser."
Accalmia est pour le moment photographe amatrice. En plus de son travail, elle trouve le temps et l'énergie de s'adonner à sa passion.
"C'était impossible pour moi de ne pas continuer à faire de l'image en plus de mon travail, j'aurais craqué sinon ! C'est vrai que c'est très chronophage, et j'enchaîne les projets ! Mais je ne peux tout simplement pas m'arrêter. J'ai besoin de ma dose."
J'ai beaucoup apprécié de la voir devant l'objectif, et pourtant cela s'est fait un peu par hasard :
"En arrivant en Alsace, je ne connaissais pas grand monde, je n'avais pas le réseau nécessaire pour faire de la vidéo. Alors je me suis mise à faire de la photo. J'ai commencé par de l'autoportrait. J'ai posté des photos sur Facebook et j'ai reçu des propositions de photographes qui souhaitaient que je sois leur modèle."
"Ce n'était pas mon but au départ mais ça m'a beaucoup plu ! D'être modèle faisait aussi écho à ma passion pour le cinéma. Cela me permettait d'incarner des rôles, chose que j'avais déjà fait en tournant dans des court-métrages, même si ce n'était qu'en de rares occasions. J'ai trouvé vraiment intéressant de pouvoir approfondir cela. En fait, tout est lié, photo, vidéo, tout cela a un sens pour moi."
Photo : Accalmia. Modèle : Ldw French Yakuza.

"L'image, c'est la parole qui me manque."


Quand Accalmia me parle de sa passion, c'est avec une folle énergie, une envie débordante. Ses yeux, tout son visage, s'illuminent.
"Tant que j'arrive à faire de l'image, alors je suis épanouie."
Etant moi-même passionnée mais par l'écriture et non la photo ou la vidéo, je lui demande ce qui lui plaît tant dans ces arts :
"L'image, c'est la parole qui me manque. Je ne suis pas quelqu'un de sociable à la base. J'ai du mal à aller vers les autres, à m'exprimer. Je suis plutôt en retrait, à écouter et observer les gens, qu'à me mettre en avant ou à parler de ce que je fais. Je ne me considère pas comme timide mais plutôt comme introvertie. C'est en créant des choses que j'arrive à m'exprimer."
"Ce que je veux, par l'image, c'est capter des ambiances, des émotions, des atmosphères, des choses intenses. J'ai envie d'exprimer ce qui est ancré en mes modèles et en moi."

"J'aime exprimer des choses, créer."


Accalmia insiste sur le fait que, lorsqu'on la complimente pour une de ses photographies, c'est toute l'équipe qui y a participé qu'on doit complimenter. Loin d'imposer un projet aux modèles, aux maquilleuses, ou autre, elle tient à ce que tout le monde s'investisse :
"Quand on monte un projet, j'aime qu'il y ait un réel échange. Pour les collaborations, on y met tous du sien. C'est nécessaire pour qu'on puisse créer ensemble une énergie, un truc puissant. Il n'y a que comme ça qu'on peut faire naître quelque chose."
"Pour créer une vraie ambiance, une sensibilité, l'échange est indispensable. Construire un projet nécessite de la communication, pour pouvoir être sur la même longueur d'onde." 
Photo : Accalmia. Modèle : Savage Betty. MUAH : Marine Gadenne.

"Ce qui m'intéresse surtout, c'est la sensibilité des personnes."


Accalmia témoigne d'un réel respect envers ses modèles. Je lui demande si cela est lié au fait qu'elle même l'ait été :
"C'est un réel plus d'avoir été modèle. Ayant été de l'autre côté de l'objectif, je sais ce que ça peut faire d'être mal à l'aise alors je fais tout pour que mes modèles ne le soient pas."
"Par exemple, je le vois tout de suite quand une modèle prend un pause qu'elle n'aime pas, je le remarque à un geste de ses yeux ou de ses lèvres et je lui dis immédiatement : ce n'est pas grave, on change !"
"Je pense que tous les photographes devraient être modèles pour pouvoir mieux comprendre leurs réactions, ce qu'elles peuvent ressentir dans certaines situations qui semblent pourtant anodines. "
 J'ai déjà remarqué qu'Accalmia travaille régulièrement avec les mêmes personnes, je la questionne à ce sujet :
"Ce sont des modèles qui partagent ma vision, je sais qu'on va être sur la même longueur d'onde. Elles savent ce que je veux sans que je n'ai rien besoin de dire. Et puis j'aime travailler avec elles parce que j'ai eu un coup de cœur artistique et humain. Le feeling est passé tout de suite, on a vraiment bien accroché. Certaines sont devenues de vraies amies."
 "De plus ces personnes viennent souvent avec plein de projets, elle s'investissent énormément, c'est quelque chose qui me tient à cœur. Cependant j'apprécie évidemment de travailler avec des modèles très différentes et j'aime rencontrer de nouvelles personnes."
Je lui demande ce qu'elle recherche comme profils :
 "Je n'ai pas de profils physiques prédéfinis sauf quand j'ai un projet précis, où il est obligatoire d'avoir tel physique pour réellement incarner le personnage. Sinon je cherche des profils variés et atypiques."
"En fait, ce qui m'intéresse surtout, c'est la sensibilité des personnes. La nana la plus canon peut se présenter devant moi, si elle ne dégage rien, ça ne m'intéresse pas. Peu importe le type de physique, il y a ce petit truc qui m'accroche, qui me plaît. Quand j'arrive, dans la photo, à capter l'intimité, l'humain, c'est quelque chose de beau et de très touchant."
"J'aime aussi les modèles qui ont envie de créer quelque chose, de s'exprimer. Et pas juste d'avoir une nouvelle photo de profil. Même si c'est une novice, ça ne me dérange pas, ça peut être très intéressant de travailler avec des personnes qui n'ont pas l'habitude de poser."
Photo : Accalmia. Modèle : INO-art. MUAH : Marine Gadenne.

"La sensorialité, la sensualité, sont très importantes pour moi."


Les projets d'Accalmia sont très variés et hauts en couleur. Elle arrive à exprimer de nombreux sentiments, créer de multiples ambiances. Pour réaliser ses projets, elle part d'un thème principal puis laisse souvent place à l'improvisation :
"Il m'arrive parfois d'avoir une idée très claire et précise de ce que je veux faire. C'était le cas une fois lorsque j'ai ensevelie une modèle sous des feuilles mortes, j'avais alors en tête une photo très précise."
"Mais plus généralement j'ai plus une image, un visuel assez large en tête qui laisse de la place à l'improvisation et surtout au modèle. Je ne guide jamais trop mes modèles, je veux qu'elles puissent exprimer quelque chose, faire sortir quelque chose d'elles."
"Progresser de manière très cadré ça va pour la photo de mode mais moins pour ce que je fais. J'ai besoin et envie que toutes les personnes qui participent au projet puissent amener du leur. D'ailleurs, j'aime l'idée que la modèle puisse libérer son corps et s'exprimer par des gestes. C'est ce qu'on retrouve aussi dans la danse contemporaine que j'apprécie tout particulièrement."
"Et je dois dire que je demande souvent aux modèles de ne pas sourire. Même si ça viendra car j'ai des projets assez pop et funky en cours ! "
Photo : Accalmia. Modèle : Kyle Fireson.

Ses sources d'inspirations


Impressionnée par la grande créativité d'Accalmia, je lui demande comment lui vient l'inspiration :
"J'ai toujours eu une imagination très fertile. Je fais partie de ces mômes qui avaient un imaginaire très marqué. Gamine, je pensais des trucs dans mon coin. Je me tenais en position d'observation, je regardais les autres enfants jouer, je percevais les choses à ma façon. Je pense que mes photos sont beaucoup liées à ma vision du monde, ma sensibilité, ma façon de percevoir les choses. Je dois aussi beaucoup à ma mère qui m'a toujours encouragé à m'exprimer par la création."
"Et puis, de façon plus générale, un rien peut m'inspirer, un flash, des petites choses, un type de profil : et tout à coup j'ai une image en tête, une envie de photo. Ce peut être quelque chose qui va me chambouler, me toucher. Une bride de rêve."
" Ça peut aussi être un simple mot. J'aime beaucoup les mots. C'est pour ça que j'ai choisis le nom d'Accalmia d'ailleurs. J'aime bien le mot en lui-même, je le trouve beau, et j'aime l'idée de l'accalmie, c'est un état instable, quelque chose de calme en surface mais qui cache en profondeur quelque chose d'autre de bien plus violent et qui ne demande qu'à revenir avec plus de force. C'est à la fois poétique et puis très en rapport avec ce que je suis profondément."
"Je suis également quelqu'un de très curieuse. L'inspiration peut me venir, même inconsciemment, de tout ce que je regarde : les films, les comics, les jeux vidéos ..." 
Photo : Accalmia. Modèle : Lili.

La liberté de l'art


Créativité et sensibilité sont pour moi des mots qui caractérisent pleinement Accalmia. Elle n'hésite pas à aborder différents thèmes et l'étrange, les créatures cauchemardesques, côtoient la poésie, le sensuel. Je sais que la nudité ne lui pose pas non plus problème, comme photographe ou comme modèle, car elle considère le nu comme une manière d'expression parmi d'autre. Accalmia semble chérir la liberté de création, la vivre comme un réel épanouissement. S'impose-t-elle toutefois des limites ?
"De faire du vulgaire pour faire du vulgaire ou du trash pour faire du trash. Il faut qu'il y ait une vraie démarche ou un propos artistique, symbolique ou social derrière. Ça ne m'intéresse pas vraiment mais il est possible qu'un jour je veuille choquer, je n'en sais rien."
"Il y a récemment une de mes photos qui a fait scandale à cause de son thème. Selon moi c'était une photo très poétique ayant pour thématique la mort, avec une évocation de la pendaison. Mais beaucoup y ont directement vu le suicide. Certes, des éléments peuvent le faire comprendre comme cela mais c'est une question d'interprétation, et au-delà de ça, même si le sujet est le suicide, je ne vois pas où est le soucis."
"J 'ai été confrontée à des censeurs, des personnes qui m'ont dit : tu n'as pas le droit de parler de suicide. Ça m'a choqué que l'on me dise ce que j'ai le droit ou non de faire. Je peux tout à fait comprendre que l'on n'aime pas une thématique. Mais que l'on m'interdise de la traiter, je trouve cela inadmissible. En art, on a le droit de s'exprimer."
Si on suivait ce raisonnement, on ne devrait plus aller au cinéma, lire des livres, ou regarder des tableaux sous prétexte qu'ils peuvent traiter de sujets douloureux comme la guerre, la mort, ou que sais-je ! Bien sûr, en fonction de nos expériences de vie (un grand-père mort au combat, un frère décédé dans un accident de voiture ...) on percevra les œuvres de façon plus ou moins intenses. C'est à nous de prendre du recul par rapport à ce que nous voyons, ce n'est pas aux artistes de faire attention à notre sensibilité propre. C'est trop réducteur pour l'art."
"C'est comme lorsqu'on me reproche mes décadrages en me disant que je ne devrais pas le faire. Il y a un sens pourtant derrière. Je connais les codes de la photographie."
"Je ne m'amuse pas à les détourner juste pour le plaisir de le faire. Si je crée une image de travers, c'est que tout est réfléchi, c'est qu'il y a vraiment quelque chose derrière. Et c'est aussi un parti pris esthétique." 
"Malheureusement certaines personnes sont complètement fermées et ne voient que la technique."
Photo : Accalmia. Modèle : Laetitia Kotka. MUAH : Marine Gadenne.

Exigence et rigueur


Accalmia est encore très jeune pourtant elle fait preuve de beaucoup de maturité et d'une réelle réflexion non seulement sur l'art mais aussi les hommes, le monde qui l'entoure. Modeste, elle prend beaucoup de recul par rapport à son propre travail.
"J'ai encore beaucoup de choses à apprendre. Parfois, lorsque je regarde des photos que j'ai fait ne serait-ce qu'il y a deux mois, je les déteste !"
"Je réalise que j'évolue beaucoup, comme dans la gestion de la lumière par exemple ou mes retouches. Au début, j'utilisais photoshop au feeling ! Aujourd'hui, j'ai vraiment recherché, appris des choses, j'affine mes retouches. J'essaye d'avoir toujours plus d'exigence et de rigueur."
"Je réalise aussi l'importance du bon matériel. Je vois les limites de certains de mes objectifs et ça me frustre. Utiliser du matériel haut de gamme, quoi qu'on en dise, ça change tout."
 "Je ne veux pas dire qu'il est impossible de faire de belles choses avec peu de moyens, bien au contraire ! Mais plus tu veux aller loin en photo, plus tu évolues, et plus tu sens les limites avec du matériel médiocre."

Cette artiste pleine d'envie a beaucoup de projets en tête mais elle n'a pas forcément le temps de tous les réaliser ni d'ailleurs le budget. Poussée par ses proches, elle a créé un projet Tipeee, qui est une plateforme de financement participatif. Elle pense également monter un autre crowfunding pour l'aider à réaliser l'un de ses gros projets de court-métrage. En effet, Accalmia revient tout doucement vers son plus grand amour : la vidéo.

Photo : Accalmia. Modèle : son copain, Marc Guibé. 


Photo et vidéo.


"J'ai pas mal de projets de court-métrages dont un très gros qui demandera un financement important. Il faudra beaucoup de monde sur le tournage, des comédiens, des techniciens, il faudra aussi louer des lieux ... Mes projets commencent à évoluer, à se concrétiser."
Mais si Accalmia compte se tourner vers la vidéo, elle ne va pas arrêter la photo pour autant, bien au contraire :
"J'ai dans l'idée de coupler séance photo et vidéo. J'aimerais proposer, en plus des photos, une vidéo très courte issue du shooting."
Elle m'explique d'ailleurs que, pour elle, ces deux arts sont intimement liés :
"Je suis pleinement baignée dans les deux. Je remarque d'ailleurs que j'utilise souvent le vocabulaire de la vidéo lors de mes shootings."
"En plus, dans mes séances photo, je fais comme un mini scénario. Je donne des directives pour créer une histoire au travers des images, une série de photos qui évoluent. Et je propose à mes modèles de jouer des personnages, d'incarner pleinement un rôle, qu'ils fassent un travail d'acteur !"
Il n'y a plus qu'à suivre les belles aventures de cette magnifique artiste, et peut-être que toi aussi, tu y prendras part, d'une manière ou d'une autre.


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Pour des photos de meilleurs qualités, il y a flickr





dimanche 16 juillet 2017

Mon chihuahua et moi

Ça fait quelques mois maintenant qu’une nouvelle peluche a rejoint ma vie. Une peluche vraiment trop choupi, oui, mais une peluche qui pisse sur mes tapis, qui bouffe mes chaussures et aboie à longueur de journée.
Une fois j’ai croisé une dame qui m’a dit :
-Vous avez deux enfants en bas âge, et en plus vous prenez un chiot ? Vous avez bien du courage !
Elle a tout résumé avec cette phrase.
C’est l’été, j’ai envie de m’amuser un peu et de te raconter ma nouvelle vie avec mon chihuahua. Hopla ! C’est parti !






Les promenades



C’est super cool d’avoir un chien quand, comme moi, on adore se balader. C’est un excellent compagnon de promenade et une belle motivation pour sortir quand il fait gris ou que tu n’as pas envie de quitter ton lit.

Mais les promenades qui me prenaient avant 15 minutes me demandent désormais une heure, facile.
Déjà parce que Nobu (c’est le nom de mon molosse) adore s’arrêter pour renifler les cacas des autres chiens ou les bananes pourries ou les vomis des bourrés.
Mais il aime aussi accélérer comme un fou pour essayer de choper des pigeons. C’est beau l’espoir. Il essaye chaque jour de les attraper, ces oiseaux, il rate chaque jour, pourtant il continue, avec la même inébranlable motivation. Une belle leçon de vie, oui.

Ensuite, mes balades s’éternisent, à cause des gens. Première chose à savoir quand t’as un chihuahua : ne t’approche pas d’un parc pour enfant ! Non ! Surtout pas ! Ne fais pas ça, arrête ! L’enfer, c’est les parcs pour enfants.
Parce que t’es sûr qu’une quinzaine de gosses vont accourir comme des zombies et se jeter sur ton petit chien pour le câliner sous l’œil bienveillant de leurs parents qui n’en ont en fait rien à foutre. Et mon chiot a beau être complètement dingue, mais vraiment, ils veulent quand même le porter, et ils s’évertuent vainement à essayer de choper cette pile électrique cachée sous une jolie couche de poil.



Non mais c’est vrai que mon chien est tout petit, si mignon, si excité, que les gens craquent devant lui. Tous les deux mètres, il y en a qui s’arrêtent pour le regarder, et dire des trucs du genre :
-Ouah il est trop mignon
-Oh regarde comme elle est belle (oui, mais c’est un mâle)
-Ça doit être pratique un chien comme ça, tu peux le mettre dans ton sac et hop ! (je ne vois pas l’intérêt)
-Il est tellement petit que je pourrais l’écraser (ce à quoi je fais remarquer qu’effectivement, comme il est toujours collé dans mes pieds, le pauvre, je lui marche dessus une bonne dizaine de fois par jour)

N’ayant jamais eu de chiot avant, j’ai été choquée quand, pour la première fois, j’ai croisé une autre personne promenant son chien. Ça m’a complètement angoissée. J’ai mis des jours à m’en remettre, j’ai même dû en parler à un psy.
Non mais imagine la scène : on est en plein Strasbourg, et là je croise un inconnu, avec son bichon. Son bichon se met à jouer avec Nobu et là le type se tourne vers moi et me dit :
-Bonsoir !
Nan mais le gars, tellement poli, tellement gentil, qui s’est mis à me parler un peu de mon chien, qui m’a donné des conseils pour l’élever, avant de partir en me souhaitant, je cite, une « excellente soirée ». Ça ne m’était jamais arrivé ! Et maintenant, c’est devenu mon quotidien.
Bon alors des fois ce n’est pas facile pour une associable comme moi, mais en même temps je me dis que c’est pas plus mal, ça m’habitue à parler avec des gens, des gens gentils, qui aiment les chiens. C’est beau.



Autre chose : les vieilles. Les mamies sont fans des chiens, autant qu’elles le sont des bébés. Je me rappelle quand mes deux amours venaient juste de naître, à quel point les vieilles et leur radar à landau accouraient pour voir mon bébé, le caresser, me demander, à moi, parfaite inconnue, comment s’était passé mon accouchement, si j’avais demandé une péridurale, combien de temps avait duré le travail et si mon enfant avait salement déchiré ma chatte en sortant de mon ventre immense.
Bref, les vieilles kiffent mon chihuahua à mort !
Et je les trouve vraiment mignonnes, j’aime papoter avec elles. Une fois, je me suis assise avec une octogénaire sur un banc et on a discuté toute l’après-midi. Je n’ai pas vu le temps passer. A un moment donné dans la conversation, elle m’a dit :
-Ça fait vraiment du bien d’avoir un petit chien. Ça nous fait de la compagnie quand on est si seule, à nos âges. Et ça nous pousse à sortir, faire un peu d’exercice, c’est nécessaire pour nous. En plus parfois on fait des rencontres, on parle avec de gentils petits jeunes.
Et moi j’acquiesçais complètement à tout ce qu’elle disait. Même pas trente ans et je me sentais dans la peau d’une parfaite octogénaire. Alors après je suis rentrée chez moi, j’ai mis des chaussons, je me suis fait une petite verveine, et je me suis endormie devant la télé, en regardant Derrick, mon petit chien lové dans mes bras.




Tout ça c’est bien gentil, mais il y a aussi les crevards. Je vais te citer une anecdote parlante :
Deux ados s’arrêtent pour jouer avec Nobu et papotent un peu avec moi. Tout sourire, je leur réponds, leur disant que oui c’est un chihuahua, qu’il a 4 mois, qu’il est un peu foufou mais qu’il ne mord pas, etc. Puis les ados s’en vont, me disant au revoir. Et là un sale crevard qui m’avait vu faire m’accoste de la même manière que les ados, genre :
-Oh qu’il est mignon votre chien.
Sans que son regard dégueulasse ne quitte mon décolleté. Genre, connard, parce que j’accepte avec plaisir d’échanger avec des ados, je vais être d’accord pour parler avec toi ! Non mais il rêve le type … Sauf que Nobu, petit traître, s’est mis à faire les yeux doux au vieux pervers et à se frotter contre ses jambes.
Nobu, quand on va rentrer, il va falloir qu’on ait une petite conversation toi et moi.



 Les pipis et les cacas




Ça fait des mois que j’essaye de lui faire comprendre qu’il doit faire pipi et caca dehors, des mois, en vain. Enfin j’exagère, pour les cacas, on y est presque, et c’est déjà un bon début. Mais les pipis, rien à faire.
Nobu s’est mis en tête qu’il doit faire pipi sur mes tapis et mes coussins uniquement. L’autre jour, tu vois, je me décide à bien frotter le tapis de mon salon, avec de la lessive et tout, je le rince, je le fous sur le balcon pour qu’il sèche, la totale. Toute fière, je le remets correctement dans le salon. Immédiatement Nobu, tout en me regardant le plus innocemment du monde, se fous dessus et pisse. Un bon gros pipi.



Et quand il est fâché contre moi parce que je passe trop de temps dans la salle de bain, pièce dans laquelle il n’a pas le droit d’entrer, il pisse devant. Je suis sûre que c’est par vengeance. Il a un petit côté chat, tu vois le truc ?
By the way si vous avez des conseils pour qu’il ne pisse plus sur mes tapis et mes coussins, je suis preneuse. Parce que j’en suis arrivée à un stade où je laisse les jolis coussins de mon canapé en hauteur, ne les mettant à leur place réelle que quand je reçois des gens. J’en avais marre de les laver trois fois par semaine.




Un quotidien tout en joie




Mais tu t’en doutes, un chihuahua, c’est peut-être un tout petit chien, mais c'est une joie énorme. Mon Nobu est adorable, vraiment super gentil. Super con mais super gentil. Hyper collant.
J’aime quand je rentre chez moi et qu’il me fait la fête pendant 10 minutes. J’aime quand le soir je bosse et qu’il se colle tout contre moi, comme pour me donner du courage. Quand il joue avec mes enfants. Quand il grogne sur ma voisine que j’aime pas. Quand il vient me réveiller le matin, sauf quand il en profite pour me lécher la bouche. Quand il prend peur en voyant son reflet dans le miroir. Quand il essaye de déchiqueter la peluche Winnie l’Ourson qui fait deux fois sa taille. Quand il fait sa bouille trop mignonne pour s’excuser d’avoir fait une connerie. Quand il se met à pleurer parce qu’il croit que je suis sortie alors qu’il m’avait juste perdu de vue. Quand il fait son beau gosse allongé au soleil. Quand il devient hystérique parce que je lui présente une nouvelle personne. Quand il courre comme un demeuré quand je le lâche dans le jardin. 
Et tant d'autres choses encore !

Mais où est Nobu ?

Un chien, c’est du travail, des poils qui traînent, des pets qui puent. Mais c’est aussi des jeux, de la joie, une telle générosité, un amour entier. Un amour inconditionnel, pur. Et c'est si beau. Un tel sentiment. Dont tant d'humains sont dépourvus. 

Pour terminer cet article, deux anecdotes que j’aime beaucoup :

Une fois j’avais eu le malheur de laisser traîner une copie que je devais corriger. Mon chiot l’a déchiqueté, en plein de petits morceaux. Quand je l’ai annoncé à mon élève, la mort dans l’âme, il m’a répondu :
-Vous ne l’avez pas noté ? Oh madame c’est trop génial ! Votre chien vient de me sauver la vie !

Et puis :
Le premier jour où ma fille a vu Nobu, voici ce qu’elle m’a dit :
-Maman, c’est une fille ou un garçon ?
-Un petit garçon.
-Ah bon ! … Mais, en grandissant, il pourra choisir d’être une fille ou un garçon, hein, maman ?

J’adore tellement ma fille. Et mon fils. Et Nobu. Sacrée famille !